Rogue one

Vraiment un drôle d’objet que ce Rogue One.
Je n’ai vu aucun des films de ce Garreth Edwards (Monsters, Godzilla, …) mais nul besoin d’être devin pour imaginer qu’il n’a certainement pas eu les pleins pouvoirs sur son dernier film. Débarquement du compositeur 3 mois avant la sortie du film, reshoots multiples, etc… sont autant d’événements plus ou mois inquiétants qui ne laissent aucun doute sur la main mise de l’empire Disney.
J’ai donc vu le film il y a deux jours en 2D, VO, dans une salle comble. Quelques minutes avant de prendre mon billet, une dépêche AFP annonçait le décès de Carrie Fisher. Un événement qui allait forcément rentrer en résonance avec les 2H15 du film, mais pas forcément pour les raisons auxquelles je m’attendais.
Visuellement, c’est impressionnant, très respectueux de la trilogie originelle, tout en apportant la touche de modernité « inévitable ». Malgré les 40 années qui séparent Rogue One de l’épisode 4, l’ « équilibre » est bien là. Et puis quel plaisir de revoir l’étoile noire, les AT-AT, X-WING, et autres croiseurs interstellaires! On aurait pu craindre un « Ultimate Star Wars Fan Film » et là aussi, je n’y vois qu’ « équilibre ». Mais cette histoire d’équilibre n’a pas que du bon et la musique en paie le prix cher dans le fait de rester perpétuellement dans l’entre-deux. Soit on tue Williams (dur dur quand même pour ce type de franchise…), soit on fait du Williams. Le résultat ici est franchement décevant pour ne pas dire nuisible au film. Lors du générique de fin (qui reprend la partition de Williams), un spectateur derrière moi s’est écrié : « enfin! ». Habituellement, quelqu’un qui se met à parler pendant une séance aurait pris une baffe, là, j’avais envie d’applaudir!
Voilà en gros mon ressenti sur le forme.
Sur le fond, je ne suis pas un anti spin off primaire. Tiens, ça me fait penser à un article passionnant que je viens de lire, écrit par Christophe Gans (ancien rédacteur de la revue cultisme Starfix), sur Fury Road qu’il considère comme une sorte de spin off de la trilogie Mad Max (Imperator Furiosa aurait pu être le titre du film…). Bref, je ne m’offusquerai pas de l’écriture de Rogue One qui prend son essence à partir d’une toute petite réplique de l’épisode 4. Réplique qui se permet même de tuer/spoiler le film!
Rogue One, juste un film de guerre!?! Oui et bien pourquoi pas. Là aussi je n’ai rien contre, d’autant plus que la partie sur Jedha est plutôt chouette (rapports entre l’alliance et les rebelles extrémistes) mais au final l’écriture des personnages ne décolle jamais, à commencer par une Jin Erso étouffée par son père (Mad Mikelsen toujours aussi juste) et qui peine à (me) convaincre. L’émotion, le souffle épique, ne sont clairement pas au rendez-vous dans la seconde moitié du film. Enfin, impossible de ne pas évoquer LA controverse du film au sujet du traitement post mortem du Grand Moff Tarkin : Peter Cushing, décédé en 1994, renaît de ses cendres en 2016 grâce à la magie des effets spéciaux.

La jurisprudence en la matière nous a déjà donné l’occasion de revoir des versions numériques rajeunies de Brad Pitt, Arnold Schwarzenegger, … avec l’accord des ces derniers. En 2005, Georges Lucas avait joué la carte de la ressemblance physique de Wayne Pygram pour jouer un Tarkin plus jeune. En 2016, les questions éthiques ne semblent plus d’actualités. Dans les faits, le rendu est à mes yeux extrêmement perturbant. D’une part, le résultat visuel est d’une telle qualité qu’il est impossible, pour le jeune spectateur ou le « novice », de remarquer la supercherie (et encore moins la non créditation de l’acteur dans le générique de fin…). D’autre part (et c’est peut-être là l’essentiel), le procédé n’a plus pour vocation à combler une lacune, ou rendre hommage à. Non, cette fois un cap a été franchi : dans Rogue One, le Grand Moff Tarkin est un second rôle à part entière. Un personnage récurent, que l’on fait parler, que l’on fait bouger, que l’on fait jouer. Peter Cushing, violé? S’il n’y a pas de violence dans cette démarche on peut quand même se poser la question d’une utilisation tout de même un peu nauséabonde de l’image d’un mort qui n’aurait peut-être pas souhaité donner son accord.

On peut aussi évoquer le cas Philip Seymour Hoffman (décédé avant le final d’Hunger Games), avec un refus de passer par l’image numérique impliquant l’abandon de scènes clefs.
Carrie Fisher a (avait) donné son accord pour redonner vie à une jeune Leia… Quand bien même, cela ne m’a pas empêché d’avoir un début de nausée.

Allo Ciné vient de publier un sondage qui montre qu’une majorité de spectateurs ne souhaiterait pas voir Carrie Ficher en image de synthèse dans l’épisode 9. Pas sûr que Disney les entende…

Pour terminer avec un peu plus de légèreté (mêlée aussi à une vraie tristesse :’(), une petite photo de la VRAIE Carrie Fisher dans la petite tenue qu’elle détestait tant. Un moment qui a fait date dans mon parcours cinéphilique et hormonal : j’avais 11 ans, il s’agissait de mon premier Star Wars au cinéma, et je n’imaginais pas une seule seconde découvrir ma très chère princesse Leia en… bikini!

Ouf!
http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18659479.html